
Interview de Julien Dumont, président de Xotis
18 décembre 2025
SDDS : Vous êtes le président de Xotis. Pouvez-vous nous présenter votre parcours et l’histoire de votre entreprise ?
Julien Dumont : Xotis a été fondée en 1991, à Soissons, une ville de taille moyenne de l’Aisne où notre entreprise dispose de locaux spacieux avec un jardin dont profite l’équipe. Nous développons des logiciels de gestion dédiés au secteur audiovisuel : paie, comptabilité, contrats, facturation, budgets… Nos principaux clients sont les sociétés de production, les groupes de médias, les chaînes de télévision et les structures du spectacle vivant.
Mon histoire avec Xotis remonte à l’enfance : mon père, développeur dans les années 1980, a conçu ses premiers outils de gestion pour le cinéma à la demande d’une administratrice de production. Leur premier projet commun fut le film Un train d’enfer avec Roger Hanin, en 1984. Cela a marqué le début d’une aventure qui a conduit à la création de Xotis. Le nom est un clin d’oeil à la première société, Sothis.
Pour ma part, j’ai une formation d’ingénieur en informatique. Après deux années chez Natixis, j’ai rejoint Xotis en 2008 comme directeur des opérations. J’ai appris tous les rouages de l’entreprise avant de prendre la présidence en 2021, à la retraite de mon père. Nous sommes aujourd’hui une trentaine de collaborateurs et j’ai à cœur de préserver l’ambiance familiale et la proximité qui font partie de notre ADN.
SDDS : Cette transmission a donc été fluide. Comment entretenez-vous cette culture d’entreprise ?
Julien Dumont : L’esprit de cohésion est essentiel pour nous. Ici, il n’y a pas de turnover. Nous prenons le temps de recruter et d’intégrer nos collaborateurs pour maintenir la qualité et l’ambiance qui nous tiennent à cœur. Nos utilisateurs — car nous ne parlons pas de “clients” — sont souvent devenus des partenaires proches. Il règne une relation de confiance forte et durable.
Nous privilégions une croissance maîtrisée, sans effet start-up, et c’est ce qui nous permet de rester agiles tout en maintenant un lien sincère avec nos utilisateurs. Ils savent que leurs besoins seront entendus et que nos solutions tiendront compte de leurs spécificités.

SDDS : Quels sont les grands enjeux pour Xotis et votre secteur dans les mois à venir ?
Julien Dumont : Plusieurs défis nous attendent, à commencer par la facturation électronique. Bien que nous ayons proposé des partenariats, nos clients attendent une solution métier directement intégrée à nos outils. Nous développons donc une solution spécifique, adaptée aux contraintes du secteur culturel et de l’intermittence, avec pour objectif d’automatiser les échanges, développer des API, améliorer l’expérience utilisateur.
Nous participons aussi à la phase pilote des AER, les nouvelles Attestations Employeur Rematérialisées, qui remplacent progressivement les AEM dans la DSN. C’est un enjeu réglementaire majeur pour 2026, auquel nous contribuons activement avec nos partenaires du monde audiovisuel. Nous intégrons aussi des fonctionnalités d’IA, non pas pour remplacer l’humain, mais pour soutenir les utilisateurs. Aujourd’hui, les préparations de tournage sont plus courtes, les équipes plus réduites : nos outils doivent les aider à gagner du temps, à faire mieux, plus vite, avec plus de sérénité. Nous avons développé des modules d’e-learning et nous misons beaucoup sur l’ergonomie, la simplicité, la clarté.
Enfin, nous continuons à enrichir nos logiciels avec de nouvelles automatisations, à renforcer notre équipe et à simplifier le quotidien de nos utilisateurs. La paie des intermittents est une matière complexe : notre mission est de rendre cette complexité la plus simple possible.
SDDS : Vous avez une double cible, les productions, et aussi les diffuseurs, ce qui multiplie les contraintes ?
Julien Dumont : Nous nous adressons à la fois aux sociétés de production et aux grands groupes audiovisuels comme TF1, France Télévisions, M6 ainsi qu’à des sociétés comme Brut, Banijay, Mediawan… qui travaillent aussi bien avec des intermittents, des permanents, que des auteurs ou des journalistes. Ce sont des univers très différents, avec des enjeux d’intégration de systèmes, de reporting, d’interconnexions avec des SI étrangers parfois. Cela exige de notre part une forte capacité d’adaptation. Pour assurer une lecture fiable des évolutions réglementaires, nous avons créé un service légal et social interne. Ce service analyse les nouveaux textes, les vulgarise pour notre équipe produit, puis les « traduit » pour les développeurs. Cela sécurise notre chaîne de production logicielle.
SDDS : Vos solutions sont également enseignées dans les écoles et les centres de formation…
Julien Dumont : Nous sommes convaincus qu’il est essentiel de former les futurs professionnels avec les outils utilisés sur le terrain. C’est une vraie valeur ajoutée pour un CV de jeune administrateur ou technicien du spectacle. Nous sommes certifiés Qualiopi, et disposons d’un formateur interne qui intervient dans des cursus spécialisés partout en France. Nous sommes aussi partenaires du Festival national scolaire du film, qui valorise le cinéma dans les collèges, lycées et universités. C’est une belle manière de faire connaître la diversité des métiers du cinéma, bien au-delà des acteurs. C’est notre façon de transmettre et de participer à la préservation du savoir-faire français du 7e art.
SDDS : Qu’est-ce qui vous a conduit à rejoindre la SDDS récemment ?
Julien Dumont : Nous connaissions la SDDS depuis longtemps via les réunions du GIP-MDS et d’autres instances sociales, mais nous ignorions que notre adhésion était possible ! C’est une collaboratrice récemment arrivée qui nous a interpellés sur ce sujet. En contactant l’association, nous avons reçu un accueil immédiat et enthousiaste.
Rejoindre la SDDS nous permet de participer aux discussions réglementaires en amont, de contribuer à la construction des évolutions métiers et de partager nos retours avec d’autres éditeurs. Il y a une forme de solidarité dans l’association qui transcende la concurrence. Nous avons tous un objectif commun : répondre aux besoins des utilisateurs finaux et dialoguer au mieux avec les instances publiques.
SDDS : Vous envisagez de rejoindre plusieurs groupes de travail ?
Julien Dumont : Oui et je ne serai pas seul : ma juriste et mon analyste DSN sont impliquées à mes côtés car elles maîtrisent parfaitement leur sujet. Nous voulons faire monter en compétence toute l’équipe. C’est une démarche que j’applique dans tous les services : pas d’ultra-spécialisation, mais de la polyvalence et de la transversalité. Cela nous rend plus solides, plus flexibles et mieux préparés aux imprévus.
SDDS : Et sur un plan plus personnel, que faites-vous de votre temps libre ?
Julien Dumont : J’ai bientôt 43 ans et j’ai longtemps pratiqué le handball à un niveau interrégional, ce qui m’a appris la rigueur et l’esprit d’équipe. Aujourd’hui, je suis père de trois enfants sportifs, ce qui occupe bien les week-ends ! Nous aimons voyager en famille et découvrir d’autres cultures. Et évidemment… la passion du cinéma est contagieuse et nous aimons regarder des films en famille, en mode canapé, plaid et pop-corn. Nous avons aussi la chance de pouvoir aller dans un très beau cinéma historique à Soissons.


