
Hector de Vergeron, co-fondateur de Alassio
04 novembre 2026
« Notre ambition est de mettre l’innovation au service des équipes de paie, pour libérer tout le potentiel de leur métier et faire émerger un conseil social intelligent et proactif ».
SDDS : Qui est à l’origine de la création d’Alassio ?
Hector de Vergeron, cofondateur d’Alassio : Nous avons cofondé Alassio avec quatre associés qui forment un double tandem complémentaire d’ingénieurs et de profils business ; un cinquième nous a rejoint, un expert-comptable spécialisé en paie depuis quarante ans.
Avec l’avènement des nouvelles technologies, notre première intuition était de proposer une surcouche aux logiciels de paie existants, pour gommer les frictions du quotidien des gestionnaires de paie. Nous avons toutefois très vite compris que, pour changer ce quotidien en profondeur, il fallait reconstruire de zéro l’architecture du moteur de paie, en la pensant nativement ouverte et finement traçable. Ce n’est qu’avec un moteur et une plateforme entièrement reconstruits que s’ouvre un champ d’innovation immense pour les cabinets : de l’auditabilité dynamique, en temps réel, de chaque logique de paie et des sources juridiques qui la fondent, jusqu’à la valorisation de leur contexte social pour un suivi proactif et très personnalisé de leurs clients, tout en permettant un aiguillage très fin des ressources du cabinet grâce à un pilotage poussé. C’est de ce constat et de cette ambition qu’est née Alassio.
SDDS : D’où vient le nom Alassio ?
HdV : Il faut entendre « à l’assaut » : la paie est d’une complexité folle et il nous fallait mobiliser toute notre énergie pour relever cet immense défi technique, apporter de la modernité et de l’innovation sans jamais nous décourager. Ce nom pouvait toutefois sonner un peu guerrier : nous voulions l’adoucir et lui donner, avec sa terminaison en « io », une consonance plus technologique, à l’image de notre approche. « Alassio » réunissait tout cela et avait en prime l’avantage d’être une magnifique ville de la Riviera ligure.
SDDS: Et donc, pas de rapport géographique avec votre lieu d’activité ?
HdV : Non, nous sommes basés à Paris et à Aix-en-Provence, mais il n’est pas exclu d’organiser un jour un séminaire d’équipe à Alassio !
SDDS: Comment avez-vous défini le positionnement d’Alassio et les innovations que vous souhaitiez apporter ?
HdV : Notre point de départ a été de comprendre pourquoi le métier de gestionnaire de paie, pourtant central et stratégique, souffrait de tensions aussi fortes : difficultés croissantes à attirer et à fidéliser les équipes, frustrations face à des tâches quotidiennes pénibles et chronophages, très forte attrition malgré l’inflation des salaires… Plusieurs d’entre nous comptent par ailleurs des experts-comptables parmi leurs proches et nous étions très exposés aux enjeux des cabinets : renouvellement rapide des missions historiques, « perte de contrôle » progressive de pôles sociaux pourtant hautement stratégiques, frustrations liées au manque d’accès à leurs données et d’interopérabilité entre leurs outils.
Nous avons donc passé plus de six mois à sillonner le terrain, à la rencontre de l’ensemble des parties prenantes du secteur (gestionnaires de paie de toute séniorité, juristes en droit social, experts-comptables, éditeurs de paie et de SIRH, responsables RH…), pour comprendre en profondeur leur quotidien, leurs frustrations, leurs habitudes d’usage, ainsi que les forces et les faiblesses des solutions existantes. Nous gardons un très heureux souvenir de cette première phase : de nombreux cabinets nous ont témoigné leur amitié et salué notre volonté d’apporter une approche neuve à leurs problématiques. Une grande partie d’entre eux sont d’ailleurs aujourd’hui partenaires et utilisateurs d’Alassio !
Ce n’est qu’après avoir forgé, avec nos premiers partenaires comptables, une conviction profonde sur ce que nous pouvions apporter au secteur que nous avons créé Alassio, en juillet 2025, et lancé le développement de notre solution. Ce travail de terrain minutieux a forgé notre positionnement et notre stratégie produit : une plateforme de paie indépendante, ouverte et interopérable, où toutes les logiques sont traçables et auditables et où le gestionnaire de paie devient un véritable conseiller social pour les entreprises qu’il accompagne, grâce à des outils « intelligents » qui automatisent les tâches pénibles et chronophages
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SDDS : Votre solution s’adresse exclusivement aux cabinets d’expertise comptable ?
HdV : Elle s’adresse exclusivement aux cabinets d’externalisation de la paie, qui sont très majoritairement des cabinets d’expertise comptable. Nous concevons une solution pour les experts de la paie en cabinet, qui accompagnent ensuite leurs clients sur l’ensemble de leurs problématiques paie et sociales. Il faut non seulement centrer toute notre solution sur ces cabinets, mais aussi aller au-delà de la simple production, pour permettre à ces équipes de prolonger, voire de créer de toutes pièces, de nouvelles offres de conseil social et d’aider leurs clients à naviguer dans un océan réglementaire toujours plus complexe.
SDDS : Quelles sont précisément les spécificités de l’offre d’Alassio ?
HdV : Notre priorité absolue est que notre solution apporte un gain de valeur significatif aux équipes de paie. L’indépendance, l’interopérabilité et l’approche partenariale avec les cabinets sont bien sûr également au cœur de nos préoccupations.
Néanmoins, l’urgence de voir apparaître des alternatives plus modernes dans le secteur a sans doute pu occulter une réalité centrale, que nous replaçons au premier plan : le choix de basculer sur notre solution doit être à l’initiative des équipes de paie elles-mêmes. Ce sont elles qui sont en première ligne face à la complexité de la paie française et c’est leur quotidien que notre solution vise à toujours améliorer.
Cette vision se reflète dans notre approche produit. Nous avons construit un socle extrêmement robuste et complet, couvrant plus de 150 conventions collectives, soit plus de 95 % des effectifs salariés du privé français, qui permet aux équipes de paie de retrouver le niveau de profondeur fonctionnelle et de paramétrage qu’elles attendent.
Surtout, au-delà de ce rattrapage fonctionnel, repartir d’une page blanche avec une architecture technique moderne nous a permis de concevoir un moteur de paie totalement transparent et ouvert : chaque calcul, légal ou conventionnel, est détaillé, chaque flux est traçable et chaque mécanisme auditable, jusqu’à l’article juridique qui le fonde. Depuis son bulletin, le gestionnaire retrouve ainsi le calcul d’une prime conventionnelle, d’un maintien de salaire ou d’une CSG réduite. Là où la paie fonctionne encore souvent comme une « boîte noire », notamment pour les gestionnaires juniors qui cherchent à reconstituer le cheminement d’un calcul, cette transparence facilite considérablement les contrôles.
La conformité est un standard absolu à garantir : c’est la raison d’être de tout éditeur de paie. Chez Alassio, elle est aussi conçue comme une chaîne d’actions traçable, qui apporte au cabinet de la clarté et une matière sociale riche pour répondre aux attentes toujours plus fortes de ses clients. Nous avons l’ambition que ce standard de conformité soit rapidement reconnu comme l’un des plus exigeants du secteur.
Cette transparence offre enfin un contexte précieux à nos solutions d’IA, qui accompagnent proactivement le gestionnaire de paie dans ses missions et gomment les frictions du quotidien : il peut les interroger pour retrouver facilement une modification sur un dossier, générer une extraction personnalisée à la volée, réaliser des paramétrages spécifiques ou comprendre n’importe quel calcul. Si un client ou l’un de ses salariés interroge le cabinet sur son décompte de congés payés ou sur une exonération, l’IA s’appuie sur le calcul réellement effectué pour préparer une réponse détaillée : le gestionnaire gagne du temps tout en conservant la maîtrise de la réponse adressée au client.
Ces nouveautés, alliées à la modernité de l’ensemble de nos modules, sont très appréciées de nos cabinets partenaires. Malgré la jeunesse de la solution, nous avons également fait le choix stratégique d’investir très tôt dans des briques indispensables aux cabinets de grande taille : gestion interne, migration et pilotage. Nous comptons poursuivre ces améliorations à grande vitesse pour en faire bénéficier le plus grand nombre.
SDDS : Votre solution s’adresse exclusivement aux cabinets d’expertise comptable ?
HdV : Oui et c’est un sujet sur lequel nous voulons nous positionner en véritables spécialistes. Nous ne voulions pas limiter cette transparence aux seuls calculs de paie. La DSN reste une véritable « bête noire » pour de nombreux gestionnaires de paie : il peut être difficile de faire le lien entre ce qui apparaît sur le bulletin et ce qui est effectivement déclaré. Nous avons donc rendu directement visibles, au niveau du bulletin, les rubriques DSN qui seront alimentées à partir de celui-ci.
Nous travaillons maintenant sur une étape supplémentaire : intégrer directement dans Alassio les contrôles réalisés en aval par les organismes, afin de pouvoir les effectuer en amont de l’envoi de la DSN. L’objectif est que le gestionnaire puisse identifier avant l’envoi une anomalie susceptible d’être détectée par l’Urssaf, par exemple, et en comprendre l’origine : un paramétrage incorrect, une cotisation manquante ou une autre incohérence. Il peut alors intervenir avant la transmission, plutôt que de devoir gérer ultérieurement des anomalies, voire une DSN de substitution. Nous voulons ainsi rendre beaucoup plus lisible le lien entre les calculs de paie et les données effectivement déclarées.
SDDS : Quelle place l’intelligence artificielle occupe-t-elle plus largement dans votre vision du logiciel de paie ?
HdV : Nous sommes persuadés que l’intelligence artificielle va profondément transformer les pratiques des cabinets dans les prochaines années et qu’elle constitue surtout une formidable opportunité pour le secteur de la paie.
Pour autant, nous constatons chaque jour auprès de nos partenaires que l’avalanche de nouveautés et l’inflation informationnelle sur ce sujet génèrent beaucoup de méfiance, et une incompréhension générale quant aux bénéfices concrets de ces outils au quotidien. Notre rôle est justement d’aider à décoder cette nouvelle grammaire et de montrer comment ces outils peuvent servir leurs problématiques métier. Nous pouvons pour cela nous appuyer sur des compétences internes de pointe : c’est ce qui nous permet d’être à l’avant-garde pour rendre ces outils réellement actionnables, au bénéfice direct de nos cabinets. L’intelligence artificielle est une chance incroyable, mais seulement si elle est sécurisée, juridiquement fondée, et si son périmètre d’action est encadré. Tout l’enjeu est donc de construire des solutions intuitives, qui s’intègrent sans couture aux habitudes des cabinets et d’accompagner et de former les équipes sur le terrain pour qu’elles en tirent pleinement parti.
À terme, cette évolution doit également permettre aux cabinets de prolonger leurs missions d’accompagnement et de conseil social, en fluidifiant leurs interactions avec leurs clients : GED partagée, circuits de travail et de validation entre cabinet et client, extractions et rapports personnalisés envoyés au gré des nouveautés conventionnelles, alertes dynamiques sur les périodes d’essai, etc. Ces opportunités sont au cœur de notre ambition : remettre l’innovation au centre des pratiques de paie, tout en faisant en sorte que cette transformation embarque réellement les équipes.
SDDS : Où en est aujourd’hui le développement d’Alassio et quels sont vos objectifs pour 2027 ?
HdV : L’année 2026 constitue notre première année complète de production. Les premiers bulletins ont été produits avec Alassio en janvier et nous travaillons aujourd’hui avec plus de 100 cabinets, soit déjà en production, soit en phase pilote, avec également des engagements pris pour l’année prochaine.
Depuis septembre, avec l’arrivée de notre module de régularisation, qui permet de gérer en avance le fait générateur 2027, nous avons décidé d’ouvrir notre déploiement à tous les cabinets. Nous accueillons aujourd’hui 3 à 4 nouveaux cabinets chaque semaine, un rythme qui devrait encore nettement s’accélérer en fin d’année, pour préparer 2027.
En parallèle, nous allons intensifier le développement de connecteurs avec nos partenaires du secteur, à l’image de notre partenariat avec Pennylane. Proposer une plateforme indépendante, capable de s’intégrer nativement à tous les outils utilisés par les cabinets et leurs clients, tout particulièrement les SIRH et les logiciels comptables, est au cœur de notre approche et devient un élément de plus en plus décisif pour les cabinets. Nous allons multiplier ces intégrations partenaires dans les prochains mois, pour permettre aux cabinets de gagner en productivité en intégrant leurs flux de travail et de données, de développer de nouvelles offres et d’améliorer la qualité du service qu’ils apportent aux TPE et PME françaises.
SDDS : Le début d’année est-il une période privilégiée pour changer de logiciel de paie ?
HdV : Comme pour les logiciels comptables, le début d’année civile reste une période naturelle pour changer de solution de paie, notamment parce qu’il est plus simple de repartir en janvier pour la gestion des cumuls.
Nous avons néanmoins conçu Alassio pour permettre à un cabinet de migrer un dossier à n’importe quel moment de l’année. Nous avons beaucoup automatisé cette migration : nous récupérons notamment les données de la DSN, mais pas uniquement, pour reconstituer le dossier le plus complètement possible et réduire au maximum le temps de reprise. La reprise de l’historique et la possibilité d’une paie en double permettent en outre de sécuriser la bascule.
Surtout, aucun cabinet ne bascule seul : notre équipe Déploiement accompagne chaque cabinet de bout en bout, de la préparation de la reprise des dossiers à la formation des gestionnaires de paie, jusqu’aux premières paies produites dans Alassio.
SDDS : À quand remontent vos premiers contacts avec la SDDS et pourquoi avez-vous décidé de rejoindre l’association ?
HdV : Nous connaissions déjà la SDDS et avions le projet de la rejoindre. L’arrivée de Ludivine, qui avait elle-même travaillé avec l’association lorsqu’elle était chez un autre éditeur, a constitué le bon moment pour concrétiser cette adhésion : elle a fait le lien avec les équipes de la SDDS et nous avons rejoint l’association juste avant l’été.
Nous sommes très heureux d’en faire partie. La paie est un domaine complexe, dans lequel la capacité à s’entraider, à centraliser l’information et à disposer de relations facilitées avec les différents organismes est particulièrement importante.
Nous souhaitons également apporter notre contribution aux travaux de l’association, notamment sur la lisibilité et le contrôle de la DSN, un sujet qui nous intéresse tout particulièrement : nous analysons actuellement, un par un, les contrôles susceptibles d’être intégrés directement dans notre outil. Les échanges au sein de la SDDS présentent donc un intérêt très concret pour nos développements et nous pensons pouvoir y partager notre propre expérience?
SDDS : À quand remontent vos premiers contacts avec la SDDS et pourquoi avez-vous décidé de rejoindre l’association ?
HdV : Nous connaissions déjà la SDDS et avions le projet de la rejoindre. L’arrivée de Ludivine, qui avait elle-même travaillé avec l’association lorsqu’elle était chez un autre éditeur, a constitué le bon moment pour concrétiser cette adhésion : elle a fait le lien avec les équipes de la SDDS et nous avons rejoint l’association juste avant l’été.
Nous sommes très heureux d’en faire partie. La paie est un domaine complexe, dans lequel la capacité à s’entraider, à centraliser l’information et à disposer de relations facilitées avec les différents organismes est particulièrement importante.
Nous souhaitons également apporter notre contribution aux travaux de l’association, notamment sur la lisibilité et le contrôle de la DSN, un sujet qui nous intéresse tout particulièrement : nous analysons actuellement, un par un, les contrôles susceptibles d’être intégrés directement dans notre outil. Les échanges au sein de la SDDS présentent donc un intérêt très concret pour nos développements et nous pensons pouvoir y partager notre propre expérience.
SDDS : Plus largement, comment voyez-vous évoluer le marché de la paie dans les prochaines années ?
HdV : Le premier constat est que la paie est complexe et qu’elle le devient chaque année davantage. L’année 2027 sera d’ailleurs une année législative importante, qui pourrait encore accélérer cette tendance. Cette complexité croissante se cristallise autour de la DSN et des régularisations : la capacité à tracer de manière granulaire toutes les logiques, à tout historiser et à produire n’importe quel mécanisme de manière rétroactive sera toujours plus au cœur de la paie et donc du service qu’un éditeur doit rendre possible.
L’enjeu pour nous est d’aider les cabinets à naviguer sereinement dans cette complexité, en la rendant toujours intelligible et lisible, pour qu’ils puissent accompagner efficacement leurs clients, eux-mêmes toujours plus demandeurs d’accompagnement. Nous avons un rôle décisif à jouer pour que notre solution pousse à la proactivité (alertes intelligentes, matière juridique pour accompagner le client, etc.), plutôt qu’à une certaine passivité que des cabinets ont pu souligner dans la manière historique de traiter cette complexité (effet « boîte noire » des calculs conventionnels, manque d’explicabilité de la DSN, etc.).
C’est pourquoi notre solution va bien au-delà d’un logiciel de paie : c’est aussi notre accompagnement, l’Alassio Académie et les ressources que nous mettons à la disposition de nos partenaires pour mener cette transformation. Nous pouvons également nous appuyer sur un important écosystème de solutions logicielles RH (gestion de la politique salariale, avantages salariés, moteurs juridiques, etc.), dont l’essor s’est fortement accéléré depuis la crise du Covid : autant de services à proposer aux cabinets par la connectivité et d’alliés potentiels pour transformer le secteur et révéler tout le potentiel du métier de gestionnaire de paie.
Au fond, notre ambition n’a pas changé depuis le premier jour : donner au gestionnaire de paie toute la place qu’il mérite, celle d’un expert et d’un conseiller au coeur de la relation entre le cabinet et ses clients.
SDDS : Pour conclure, lorsque la paie vous laisse un peu de temps, quelles sont vos passions ?
HdV : Pour être honnête, depuis le lancement d’Alassio, la paie m’occupe nuit et jour, week-ends compris. Les loisirs sont donc un peu moins présents, mais la mission portée par Alassio et notre équipe, ambitieuse et soudée, prennent d’une certaine manière le relais !
J’ai néanmoins toujours été passionné par la lecture et notamment par la philosophie. Dès que j’ai l’occasion d’y revenir, c’est quelque chose qui m’anime beaucoup. Et finalement, après avoir passé du temps à résoudre certains problèmes de paie, les problèmes philosophiques ne paraissent parfois plus si compliqués !
J’aime également beaucoup courir, plutôt sur des distances d’endurance : semi-marathon et marathon.


